Lors des 22èmes rencontres nationales du transport public qui se sont déroulées à Nice du 25 au 27 novembre, l'Union des Transports Publics (UTP) organisaient cinq ateliers, dont un consacré à la mobilité des séniors, intitulé "Quel transport pour une population vieillissante ?". Les intervenants sollicités par l'UTP étaient Eric CHAREYRON, directeur marketing de Keolis, Catherine ESPINASSE, psychosociologue et consultante en études et recherches, Yvette LARTIGAU, directrice des transports de Nice Côte d'Azur et du Conseil Général des Alpes-Maritimes, et Franck MICHEL, directeur marketing et territoires de Veolia transport France. L'atelier était animé par Benoit GOBLOT, directeur général de Senioragency.
Tous les participants à l'atelier ont convenu que la société et, par conséquent, les transports publics, doivent prendre en compte un élément fondamental : la population est de plus en plus âgée dans les pays occidentaux. Eric CHAREYRON a ainsi rappelé qu'aujourd'hui, les plus de 85 ans sont 1,5 millions contre 300 000 en 1965, et que d'ici peu ils seront plus nombreux que les étudiants, alors que les personnes ayant entre 75 et 85 ans sont déjà plus nombreuses que les collégiens. Un consensus s'est donc établi autour du fait qu'il est nécessaire de changer le transport public afin qu'il prenne davantage en compte les séniors.
Un autre consensus s'est établi autour des profils des séniors, qui sont par nature divers en fonction de leur âge et de leur degré de dépendance. Ainsi, Franck MICHEL a expliqué que chez Veolia Transport, les séniors étaient classées en trois catégories :
- le futur retraité, qui est à la recherche de l'efficacité, et dont les habitudes de mobilité sont strictement les mêmes que les autres actifs ;
- le retraité actif, dont les habitudes de mobilité sont différentes de celles des actifs mais qui ne se déplace pas moins, et qui recherche à la fois le confort et l'efficacité ;
- enfin, le retraité en perte d'autonomie, qui a besoin de services particuliers pour sa mobilité, du TAD dédié à l'accompagnement.
La catégorie "séniors" est donc une catégorie diverse qui regroupe des types de personnes très différents, tant en raison de leurs habitudes de mobilité, que de leur demande en matière de transport, ou de leur degré d'autonomie.
Cependant, Catherine ESPINASSE a soulevé un problème majeur lorsque l'on parle de la mobilité des séniors : l'attachement de ces générations à la voiture particulière et à son usage. La psychosociologue a ainsi mis en avant le fait que la difficulté pour attirer les séniors vers les transports publics tenait autant, sinon plus à leur attachement fort à l'automobile, qu'à la communication ou au service de transport lui-même. De nombreuses personnes âgées n'imaginent ainsi pas pouvoir se passer de leur voiture, car elle représente pour eux l'autonomie et la liberté. C'est ce qu'on constate quand on sait que 50% des acheteurs de voitures neuves en France ont plus de 55 ans. Un gros travail doit donc être fourni pour que la voiture cesse d'occulter les transports collectifs dans l'imaginaire des séniors.
Il est donc nécessaire d'adapter autant que possible le service aux séniors, sans pour autant exclure les autres catégories d'usagers. En un mot, il faut réussir à intégrer les séniors aux services de transport public. Et cela n'est pas simple parce que les séniors ont des habitudes de mobilités différentes de celles des actifs par exemple. Ainsi, Catherine ESPINASSE a pu remarquer, lors de ses travaux pour la RATP, que les séniors interrogés déploraient le manque de visibilité des agents dans les stations de métro.
Une autre difficulté soulevée par les intervenants réside dans le fait que les séniors, qu'ils soient autonomes ou non, souhaitent avoir un service meilleur pour eux, mais, dans le même temps, cette offre se doit d'être non stigmatisante. Catherine ESPINASSE soulevait ainsi à juste titre que, même pour les personnes âgées, "le vieux, c'est l'autre". Cette volonté d'une offre particulière s'est ainsi concrétisée à Nice, comme l'expliquait Yvette LARTIGAU, par des dessertes bus de proximité qui complètent l'offre proposée par le nouveau tramway : "avec le tramway et sa desserte cadencée, on pensait que tout le monde prendrait le tram et que les bus, moins fréquents et plus lents, seraient délaissés. Or il n'en a rien été : les personnes âgées préfèrent attendre plus longtemps et mettre un peu plus de temps si le trajet pour rejoindre leur mode de transport est plus court et qu'il n'y a pas de correspondances à faire. Cela est particulièrement vrai pour les personnes qui commencent à être en perte d'autonomie".
Cette question du trajet pour rejoindre son mode de transport, quel qu'il soit, et des correspondance pose également la question de l'aménagement de l'espace public. Catherine ESPINASSE et Yvette LARTIGAU ont ainsi mis en avant l'utilité des bancs publics dans les rues, qui, en dehors d'accueillir les amoureux chers à Brassens, permettent aux personnes âgées de pouvoir faire un pause lorsque le trajet pour aller prendre son bus ou son tram est un peu long. Catherine ESPINASSE regrettait que les bancs disparaissent des villes, chassés par la crainte des riverains de voir s'y installer des personnes sans domicile fixe. Cette question des bancs, et donc de l'aménagement de l'espace public permet de rappeler qu'un système de transport ne saurait se concevoir en dehors de tout territoire, puisque c'est à l'échelle de ce dernier que se construit la mobilité de chacun.
Les intervenants ont également pointé la nécessité de revoir la tarification destinée aux séniors. Franck MICHEL déplorait ainsi que les autorités organisatrices de transport décident systématiquement d'une tarification avantageuse pour les séniors alors que ceux-ci sont de plus en plus nombreux, et que ces tarifications "sociales" représentent des pertes colossales pour les transporteurs. Eric CHAREYRON a suggéré une tarification plus souple, fondée sur "je paye ce que j'ai consommé", arguant du fait que les séniors, par définition plus libres dans leur mobilité que les actifs, n'ont pas une vision nette de leurs déplacements à l'avance. D'autant que pour les retraités les plus faibles financièrement, les tarifications sociales viendraient prendre le relais.
En définitive, les intervenants sont tombés d'accord pour dire que les séniors sont une classe particulière de la population. Attachés à leur voiture, ayant une image plutôt négative des transports publics, et ayant des exigences élevées et particulières lorsqu'ils prennent les transports collectifs, les séniors ont néanmoins des besoins de mobilité équivalents en quantité à ceux des actifs, besoins qu'il convient de prendre en compte et de satisfaire le mieux possible. La présence parmi eux de personnes qui commencent à connaitre des problème d'autonomie rend leur prise en compte d'autant plus délicate. Ainsi, Franck MICHEL et Eric CHAREYRON insistaient, à juste titre, sur la nécessité d'une double démarche fondée sur du "sur-mesure" non stigmatisant, ainsi que sur la formation des agents des transporteurs afin qu'ils soient capables de repérer et de venir en aide, si besoin, aux séniors déficients.
Nota : Une étude intitulée "La mobilité des séniors, besoins de déplacements liés au vieillissement de la population", réalisée par Sandrine GARNIER, a été éditée par le GART en novembre 2009.
Tous les participants à l'atelier ont convenu que la société et, par conséquent, les transports publics, doivent prendre en compte un élément fondamental : la population est de plus en plus âgée dans les pays occidentaux. Eric CHAREYRON a ainsi rappelé qu'aujourd'hui, les plus de 85 ans sont 1,5 millions contre 300 000 en 1965, et que d'ici peu ils seront plus nombreux que les étudiants, alors que les personnes ayant entre 75 et 85 ans sont déjà plus nombreuses que les collégiens. Un consensus s'est donc établi autour du fait qu'il est nécessaire de changer le transport public afin qu'il prenne davantage en compte les séniors.
Un autre consensus s'est établi autour des profils des séniors, qui sont par nature divers en fonction de leur âge et de leur degré de dépendance. Ainsi, Franck MICHEL a expliqué que chez Veolia Transport, les séniors étaient classées en trois catégories :
- le futur retraité, qui est à la recherche de l'efficacité, et dont les habitudes de mobilité sont strictement les mêmes que les autres actifs ;
- le retraité actif, dont les habitudes de mobilité sont différentes de celles des actifs mais qui ne se déplace pas moins, et qui recherche à la fois le confort et l'efficacité ;
- enfin, le retraité en perte d'autonomie, qui a besoin de services particuliers pour sa mobilité, du TAD dédié à l'accompagnement.
La catégorie "séniors" est donc une catégorie diverse qui regroupe des types de personnes très différents, tant en raison de leurs habitudes de mobilité, que de leur demande en matière de transport, ou de leur degré d'autonomie.
Cependant, Catherine ESPINASSE a soulevé un problème majeur lorsque l'on parle de la mobilité des séniors : l'attachement de ces générations à la voiture particulière et à son usage. La psychosociologue a ainsi mis en avant le fait que la difficulté pour attirer les séniors vers les transports publics tenait autant, sinon plus à leur attachement fort à l'automobile, qu'à la communication ou au service de transport lui-même. De nombreuses personnes âgées n'imaginent ainsi pas pouvoir se passer de leur voiture, car elle représente pour eux l'autonomie et la liberté. C'est ce qu'on constate quand on sait que 50% des acheteurs de voitures neuves en France ont plus de 55 ans. Un gros travail doit donc être fourni pour que la voiture cesse d'occulter les transports collectifs dans l'imaginaire des séniors.
Il est donc nécessaire d'adapter autant que possible le service aux séniors, sans pour autant exclure les autres catégories d'usagers. En un mot, il faut réussir à intégrer les séniors aux services de transport public. Et cela n'est pas simple parce que les séniors ont des habitudes de mobilités différentes de celles des actifs par exemple. Ainsi, Catherine ESPINASSE a pu remarquer, lors de ses travaux pour la RATP, que les séniors interrogés déploraient le manque de visibilité des agents dans les stations de métro.
Une autre difficulté soulevée par les intervenants réside dans le fait que les séniors, qu'ils soient autonomes ou non, souhaitent avoir un service meilleur pour eux, mais, dans le même temps, cette offre se doit d'être non stigmatisante. Catherine ESPINASSE soulevait ainsi à juste titre que, même pour les personnes âgées, "le vieux, c'est l'autre". Cette volonté d'une offre particulière s'est ainsi concrétisée à Nice, comme l'expliquait Yvette LARTIGAU, par des dessertes bus de proximité qui complètent l'offre proposée par le nouveau tramway : "avec le tramway et sa desserte cadencée, on pensait que tout le monde prendrait le tram et que les bus, moins fréquents et plus lents, seraient délaissés. Or il n'en a rien été : les personnes âgées préfèrent attendre plus longtemps et mettre un peu plus de temps si le trajet pour rejoindre leur mode de transport est plus court et qu'il n'y a pas de correspondances à faire. Cela est particulièrement vrai pour les personnes qui commencent à être en perte d'autonomie".
Cette question du trajet pour rejoindre son mode de transport, quel qu'il soit, et des correspondance pose également la question de l'aménagement de l'espace public. Catherine ESPINASSE et Yvette LARTIGAU ont ainsi mis en avant l'utilité des bancs publics dans les rues, qui, en dehors d'accueillir les amoureux chers à Brassens, permettent aux personnes âgées de pouvoir faire un pause lorsque le trajet pour aller prendre son bus ou son tram est un peu long. Catherine ESPINASSE regrettait que les bancs disparaissent des villes, chassés par la crainte des riverains de voir s'y installer des personnes sans domicile fixe. Cette question des bancs, et donc de l'aménagement de l'espace public permet de rappeler qu'un système de transport ne saurait se concevoir en dehors de tout territoire, puisque c'est à l'échelle de ce dernier que se construit la mobilité de chacun.
Les intervenants ont également pointé la nécessité de revoir la tarification destinée aux séniors. Franck MICHEL déplorait ainsi que les autorités organisatrices de transport décident systématiquement d'une tarification avantageuse pour les séniors alors que ceux-ci sont de plus en plus nombreux, et que ces tarifications "sociales" représentent des pertes colossales pour les transporteurs. Eric CHAREYRON a suggéré une tarification plus souple, fondée sur "je paye ce que j'ai consommé", arguant du fait que les séniors, par définition plus libres dans leur mobilité que les actifs, n'ont pas une vision nette de leurs déplacements à l'avance. D'autant que pour les retraités les plus faibles financièrement, les tarifications sociales viendraient prendre le relais.
En définitive, les intervenants sont tombés d'accord pour dire que les séniors sont une classe particulière de la population. Attachés à leur voiture, ayant une image plutôt négative des transports publics, et ayant des exigences élevées et particulières lorsqu'ils prennent les transports collectifs, les séniors ont néanmoins des besoins de mobilité équivalents en quantité à ceux des actifs, besoins qu'il convient de prendre en compte et de satisfaire le mieux possible. La présence parmi eux de personnes qui commencent à connaitre des problème d'autonomie rend leur prise en compte d'autant plus délicate. Ainsi, Franck MICHEL et Eric CHAREYRON insistaient, à juste titre, sur la nécessité d'une double démarche fondée sur du "sur-mesure" non stigmatisant, ainsi que sur la formation des agents des transporteurs afin qu'ils soient capables de repérer et de venir en aide, si besoin, aux séniors déficients.
Nota : Une étude intitulée "La mobilité des séniors, besoins de déplacements liés au vieillissement de la population", réalisée par Sandrine GARNIER, a été éditée par le GART en novembre 2009.
